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Un article d'Iris Castaing, instructrice des cours Medical Training 1, Medical Training 2, Medical Training multi-espèces et Fondations sports canins

Nous avons tous à coeur le bien être de nos animaux. Nous sommes aujourd'hui nombreux à vouloir leur donner plus de liberté et de choix dans leur vie quotidienne.

Dans cet article nous étudierons d'abord les notions de liberté et de coercition afin de mieux les comprendre et pouvoir en tirer une application pratique qui donnera un vrai choix à nos animaux lors de leurs entrainements : La porte de sortie.

Voici une video qui résume et illustre cet article :

De quoi parle t-on lorsqu'on souhaite introduire plus de liberté dans la vie de nos animaux ?

Tentatives de définitions de la liberté

Au sein du behaviorisme, la notion de liberté rejette l'idée qu'il s'agit d'une absence totale de contrôle sur notre comportement ou encore la possession du "libre arbitre". En effet, nos comportements sont influencés par de nombreux facteurs comme notre histoire, nos apprentissages passés, notre génétique, nos hormones, notre environnement...

Cependant, des chercheurs se sont penchés sur la question et ont tenté de définir la liberté dans le cadre de l'analyse appliquée du comportement.

Skinner (1971) par exemple observe que l'on emploie souvent le mot "liberté" pour caractériser une situation où notre comportement n'est pas contrôlé de manière aversive, que ça soit par renforcement négatif ou par punition, de façon immédiate ou différée.

Il soutient aussi que plus un individu aura une connaissance de soi, un self-control et un countercontrol (capacité à s'opposer ou se soustraire au contrôle) élevés, plus il sera à même de réduire les conséquences aversives et, par conséquent, plus il sera libre.

D'autres comme Catania (1980), Baum (2017) ou Goldiamond (1965) apportent un éclairage complémentaire et relient la notion de liberté à la notion de choix.

Goldiamond propose une formulation de la notion de liberté particulièrement intéressante.

Et si la liberté était une question de choix ?

Choix véritables, conséquences critiques et coercition

La liberté est définie en terme de "choix véritables" disponibles. Plus un individu aura de choix véritables qui s'offrent à lui, plus il sera libre.

Pour être considéré comme choix véritable, les comportements alternatifs doivent être possibles "équitablement".

Ainsi si vous avez des compétences dans la restauration mais qu'il n'y a pas de restaurant dans votre lieu de vie, vous ne pouvez pas exercer ce choix afin de pouvoir gagner votre vie. On ne peut donc pas considérer que travailler dans un restaurant est un véritable comportement alternatif et constitue un choix disponible dans ces conditions.

De même, si il y a de nombreux restaurants proposant des emplois autour de chez vous mais que vous n'avez pas les compétences pour travailler dans ce domaine alors ce choix n'est pas non plus ouvert à vous.

Les conséquences critiques sont celles qui lorsqu'elles sont liées à n'importe quel comportement ont un controle puissant sur ce dernier, montrant une haute valeur de renforcement quand elle est ajoutée (exemple : la nourriture pour un individu affamé) ou enlevée (exemple : choc électrique de forte intensité).

Selon les conditions les conséquences peuvent devenir plus ou moins critiques. Par exemple, si il fait chaud et que vous avez couru, un verre d'eau aura une plus forte valeur que le même verre d'eau en plein hiver après avoir déjà bu un thé. On appelle opération de motivation les conditions qui changent la valeur d'un renforçateur/punisseur ainsi que la fréquence des comportements qui y sont liés.

Si vous n'avez qu'une seule possibilité pour obtenir cette conséquence critique, alors le degré de coercition est sévère.

Plus la conséquence sera vitale, plus elle sera critique. Et plus elle sera critique et plus le risque de coercition sera important.

Pour qu'il y ait la possibilité d'un véritable choix il faut donc avoir l'opportunité de cette alternative, la compétence afin de pouvoir l'exercer ainsi que l'accès à la même conséquence critique pour chacune des alternatives.

Comprendre la notion de degrés de liberté.

Plus de degrés de liberté, moins de degrés de coercition

La liberté est envisagée comme une conception scalaire ( exemple : Paul est plus libre que Pierre) plutôt que comme un statut absolu (exemple : Paul est libre / Pierre n'est pas libre).

Ainsi, la liberté n'équivaut pas à une absence de coercition, mais plutôt à une réduction de la coercition au travers de l'augmentation des réponses alternatives disponibles. Il existe alors des degrés de liberté.

[...] la liberté n'équivaut pas à une absence de coercition, mais plutôt à une réduction de la coercition au travers de l'augmentation des réponses alternatives disponibles

Iris Castaing

Le degré de liberté est égal au nombre d'alternatives moins 1 : DL = N - 1

Imaginons que vous vivez dans un lieu où vous pouvez travailler soit dans la restauration, soit dans les vignobles. Vous avez alors le choix entre 2 activités pour gagner un salaire. On dira alors que vous avez un degré de liberté de 1 d'après Goldiamond. (2-1 = 1)

Avec la crise sanitaire que nous rencontrons en ce moment le secteur d’activité où vous travaillez depuis toujours qui est la restauration est contraint de fermer.

Vous trouvez un emploi dans le milieu agricole comme faire les vendanges afin d’obtenir un salaire qui permettra de subvenir à vos besoins. Est-ce alors un vrai choix de travailler dans les vignes ? Ou êtes vous contraint de devoir exercer ce métier qui est d’une grande pénibilité physique mais qui est votre seule option pour pouvoir manger à la fin du mois ?

Votre degré de liberté est alors de 0 (1-1 =0) et le degré de coercition est maximal car votre survie en dépend (conséquence critique).

On comprend ainsi que le renforcement positif (obtention d'un salaire pour assurer la survie) peut également être coercitif.

Plus le nombre de choix véritables est important, plus le degré de liberté est important et moins le degré de coercition est élevé.

On peut entrevoir que ce sujet au delà d'une tentative de définition scientifique de la liberté pose également des questions éthiques, sociologiques, philosophiques...

Les entrainements en renforcement positif peuvent-ils être coercitifs ?

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités"

Si certains auront reconnu cette phrase tirée de Spiderman, elle est tout à fait à propos concernant nos animaux.

Pour la plupart de nos animaux de compagnie, c'est nous qui contrôlons l'accès à quasiment toutes les conséquences critiques : la nourriture, l'eau, les contacts sociaux, la disponibilité et le type de couchage, leur lieu de vie, la possibilité de se déplacer, de se reproduire, d'aller faire leurs besoins...

On comprends donc que le risque de coercition est très élevé car nous pouvons à la fois contrôler la valeur des renforçateurs (rendre les friandises plus attrayantes en déprivant l'animal de nourriture par exemple) et contrôler les conditions d'accessibilité à ces renforçateurs ("tu ne mangeras que si tu fais cet exercice"). Un entrainement en renforcement positif dans ces conditions peut donc tout à fait être coercitif sans pour autant qu'on ait utilisé de stimulus aversif !

Prenons l'exemple des soins coopératifs. Nos chiens peuvent obtenir un renforçateur s'ils acceptent le soin en nous donnant leur feu vert et en restant en position.

Et ils peuvent obtenir l'arrêt des soins s'ils quittent la position. Leur seul moyen d'obtenir un renforçateur durant l'entrainement est donc d'accepter le soin.

Ils ont 0 degré de liberté d'après Goldiamond. (1-1 = 0).

Dans ce cas, plus le renforçateur aura de valeur (plus la conséquence sera critique) et plus l'animal risque d'être forcé à subir le soin qui peut être aversif.

Heureusement, il y a des moyens de limiter le degré de coercition lors de nos entrainements.

Comment offrir un choix véritable à nos animaux en entrainement ?

 Le concept de "Porte de sortie"

Pour diminuer le degré de coercition de nos entrainements nous pouvons dans un premier temps diminuer la valeur critique du renforçateur : donner l'accès à cette ressource dans son quotidien de manière suffisante pour que l'animal n'en soit pas déprivé et qu'il ne dépende pas de l'entrainement pour y avoir accès.

Cependant ces réflexions m'ont poussée à trouver un moyen d'offrir un "véritable choix" à nos animaux au cours de leurs séances d'entrainements pour qu'ils aient au moins 1 degré de liberté, notamment en soins coopératifs.

Pour que l'animal ait un choix véritable durant son entrainement selon Goldiamond il faut donc :

  • Qu'au moins 2 comportements lui permettent d'accèder au même renforçateur.
  • Que l'opportunité d'exercer ce choix soit présente dans l'environnement.
  • Que l'animal ait la compétence d'exercer ce choix (on va donc en général devoir lui apprendre cette compétence et établir un historique de renforcement).

L'idée est qu'il puisse proposer un autre comportement qui lui apportera le renforçateur sans avoir à subir le soin. Ainsi il ne se sentira pas forcé de subir le soin pour accèder au renforçateur. J'appelle cela une porte de sortie.

J'aime utiliser en tant que porte de sortie un comportement de stationning qui a aussi l'avantage de structurer l'entrainement. Mais on peut choisir un autre comportement. On peut l'utiliser en soins coopératifs mais aussi dans n'importe quel type d'entrainement.

L'animal a donc le choix pour obtenir le renforçateur : il peut soit venir en position et recevoir le soin puis obtenir le renforçateur, soit il peut aller sur la station et obtenir le renforçateur. Son degré de liberté au cours de l'entrainement est alors de 1 pour l'obtention de ce renforçateur (2-1 =1).

L'utilisation de la porte de sortie par l'animal donne aussi des informations supplémentaires sur l'état émotionnel de l'animal ainsi que la qualité de mon entrainement notamment de mon plan de désensibilisation. S'il utilise souvent sa porte de sortie, je dose probablement mal la difficulté de l'exercice.

Le coût énergétique du comportement donnant accès à la porte de sortie, l'historique de renforcement sont également des variables à prendre en compte dans sa mise en place.

J'ai utilisé la porte de sortie avec mes propres chiens ainsi qu'avec des centaines d'élèves et des espèces différentes, dans mes entrainements en soins coopératifs mais aussi dans d'autres domaines comme les sports canins. Nous avons pu observer lors des entrainements où on l'utilise, une diminution des comportements de stress, de frustration, d'agressivité, un déblocage de certains apprentissages, une meilleure relation et communication avec l'animal d'après les ressentis de ceux qui l'utilisent.

Vous pourrez visualiser l'utilisation de cette porte de sortie dans la vidéo au début de cet article.

Etudier les notions de liberté et de coercition nous permet de mieux prendre en compte nos responsabilités vis à vis de nos animaux et ce que l'on peut mettre en place pour leur offrir plus de choix et de contrôle sur leur vie. La porte de sortie est une application pratique qui en découle. Elle offre plus de liberté et réduit le degré de coercition lors des entrainements en renforcement positif.

Bon entrainement !

Iris Castaing, Fear Free Certified Professionnal, Certified BAT Instructor
Comportementaliste médiateur pour animaux de compagnie
Ludicanis

Références :

ASAT Conference 2020: Dr. Joe Layng – Coercion without aversive stimuli – equine clicker training (wordpress.com) : https://equineclickertraining.wordpress.com/2020/02/26/asat-conference-2020-dr-joe-layng-coercion-without-aversive-stimuli/

(PDF) Expanding the Behavior-Analytic Meanings of “Freedom”: the Contributions of Israel Goldiamond (researchgate.net) : https://www.researchgate.net/publication/330099270_Expanding_the_Behavior-Analytic_Meanings_of_Freedom_the_Contributions_of_Israel_Goldiamond

Un article de Lisa Longo, instructrice des cours Analyse et Modification Comportementale, Face à l'environnement et Face à soi-même


Dans mon travail de consultante en comportement animal, je privilégie toujours les méthodes d’éducation et d’apprentissage les moins intrusives et les plus agréables pour tous les apprenants, qu’ils soient mes clients, élèves ou leurs animaux de compagnie.
Lors de mes cours en ligne sur la plateforme Muzo+, je décris également les procédures les plus intrusives, aversives et/ou coercitives, leurs effets secondaires et les dangers qu’elles impliquent afin que mes élèves puissent avoir connaissance et conscience de leur façon d’agir sur le comportement.
Dans cette catégorie de procédures, deux notions sont souvent confondues : l’extinction et la punition négative.
Si ces procédures sont parfois plébiscitées par le monde de l’éducation animale, les professionnels de l’analyse appliquée du comportement (ABA – Applied Behavior Analysis) mettent toutefois en garde quant à leur utilisation.

Qu’est-ce que le conditionnement opérant ?

Il s’agit d’un type d’apprentissage où un comportement est modifié en fonction des conséquences passées intervenues à la suite de ce comportement

Le conditionnement opérant concerne les comportements qui dépendent de conséquences passées, d’expériences passées. Les réponses apportées par l’environnement modifient la forme et la fréquence du comportement d’un individu.
Les comportements qui produisent les conséquences souhaitées par l’apprenant sont répétés et ceux qui apportent une conséquence désagréable du point de vue de l’apprenant sont modifiés ou abandonnés.
Il existe plusieurs stratégies au cœur du conditionnement opérant pour modifier la fréquence d’un comportement dont le renforcement, la punition et l’extinction.

Le renforcement concerne des conséquences qui maintiennent ou augmentent la probabilité d’apparition d’un comportement.

Le terme « positif » implique l’ajout d’un stimulus après l’émission du comportement quant au terme « négatif », il fait référence au retrait d’un stimulus après l’émission du comportement.
Voici quelques exemples de stimulus qui peuvent être ajoutés ou retirés de l’environnement d’un individu après l’émission d’un comportement :

  • Friandises
  • Pichenette
  • Jouets
  • Coup de papier journal roulé
  • Caresses
  • Choc électrique
  • Des paroles (chuchotement ou félicitations enjouées, tons agréables ou engueulades)
  • Pulvérisateur d’eau
  • Gamelle de nourriture
  • Personnes inconnues
  • Etc

Chacun de ces stimuli peut être ajouté ou retiré après un comportement.

La punition négative et l’extinction sont souvent confondues car elles ont toutes les deux la faculté de diminuer la probabilité d’apparition d’un comportement.

Définitions

Punition

La définition de ce terme en analyse du comportement est :
Une conséquence qui survient après un comportement qui réduit la probabilité que ce comportement se reproduise à l’avenir.

Punition négative

Retrait d’un stimulus après le comportement de l'animal qui en diminue la fréquence.

Mon mari trouvait que je travaillais trop sur l’ordinateur en soirée.
Depuis son intervention, Je ne travaille plus sur le pc à partir de 21h.


Extinction


La procédure d’extinction diminue la fréquence d’un comportement, précédemment renforcé, en ne le renforçant plus.

Même si la procédure est efficace pour diminuer la fréquence d’un comportement à long terme, l’effet souvent constaté au début de l’application est ce qu’on appelle un « pic d’extinction ». Le comportement de l’individu n’étant plus renforcé, ce dernier va tenter de le reproduire plus souvent, plus fréquemment, plus intensément pour obtenir une conséquence souhaitée.

Par exemple, si jusqu’à lors mon perroquet criait pour avoir mon attention (je lui demandais de se taire), je vais dorénavant complètement ignorer son comportement. Les cris, ne rencontrant plus la fonction attendue, vont se faire plus intenses, plus longs, plus rauques ou aigus. C'est le pic d'extinction.
Si l’humain craque à ce moment précis en donnant son attention (en gardant à l’esprit que « gronder » le perroquet à ce moment-là sera certainement rattaché à un renforcement positif), il aura renforcé le nouveau niveau de cris.
En d’autres termes, le perroquet aura appris à crier plus fort, plus longtemps et plus intensément. Dorénavant le niveau qui comblera la fonction « avoir l’attention de l’humain » sera plus fort, plus long et plus intense.

Si, par contre, aucun renforcement n’est prodigué durant cette période, le comportement diminuera alors rapidement par la suite.

Un autre risque de l’application de la procédure d’extinction est la résurgence d’anciens comportements.
Pour illustrer la résurgence, imaginons que je décide d'utiliser l'extinction sur les aboiements de mon chien qui ont pour fonction de me faire me lever pour le laisser sortir faire ses besoins dans le jardin. Le comportement « aboyer » pour la fonction « accès au jardin » n’étant à présent plus renforcé, le chien va chercher dans son répertoire un comportement précédemment renforcé et susceptible de combler la fonction attendue.
Mon chien pourrait donc potentiellement venir prendre mon bras dans sa gueule et le tirer jusqu’à la porte du jardin, il pourrait me sauter dessus, gratter et arracher des bouts de porte, etc.
D’autres effets, comme la récupération spontanée, qui est la réémergence du comportement cible après une procédure d’extinction, peuvent également être observés.

La punition négative et l’extinction sont deux procédés différents mais qui ont des points communs : elles sont des interventions efficaces pour modifier la fréquence d’un comportement en la diminuant mais qui ont des effets secondaires pouvant mettre en péril la santé physique et psychologique de l’apprenant ainsi que la sécurité des personnes interagissant avec.

Comprendre la distinction entre extinction et punition négative

L’extinction est souvent confondue avec la punition négative car elle implique la non-présentation d’un renforçateur. Si les deux procédés ont pour point commun de diminuer la fréquence du comportement, ils agissent différemment sur celui-ci.

Une stratégie pour définir lequel des deux opère est de se poser la question suivante :
Après le comportement cible, quelque chose a-t-il été retiré de l’environnement ou s’agit-il d’une absence de renforcement ?

Sur la prochaine vidéo, nous pouvons constater que lorsque Christophe émettait son comportement « appuyer sur la poignée et la pousser vers l’avant », il obtenait l’ouverture de la porte et l’accès à la pièce (renforcement positif).
Puis, lorsque la poignée de porte a changé de disposition et que Christophe a continué d’émettre son ancien comportement, cela a résulté en un non-renforcement (non ouverture de la porte, non accès à la pièce).
Aucun objet n’a été physiquement retiré de la scène mais le comportement qui avant rencontrait sa fonction ne la rencontre à présent plus.

Une autre manière qui peut aider à comprendre la différence entre la punition négative et l’extinction c’est de penser en termes d’évènements environnementaux.
Que ce soit le renforcement positif ou négatif ou la punition positive ou négative, il s'agit d'un évènement perceptible par l’individu concerné par le comportement dans l’environnement.
Quelque chose est "physiquement" ajouté ou retiré après le comportement cible de l’individu.
L'extinction, au contraire, est un non-évènement. La conséquence habituelle n’arrive plus après le comportement, là où avant il y avait renforcement.
Enfin, imaginer la scène qui nous fait douter, dans notre tête, sous la forme d’un film peut également nous aider. Nous savons que le comportement a diminué mais nous souhaitons vérifier si la procédure mise en place est la punition négative ou l’extinction.
On imagine le contexte au ralenti. Puis on « appuie » virtuellement sur pause dès la fin de l’émission du comportement cible.
Et on se pose la question : si je rappuie sur le bouton lecture, quelque chose sera-t-il retiré de cette scène ?
Si oui (et que le comportement cible diminue effectivement après l’intervention), c’est certainement une punition négative, si non, ce sera certainement une procédure d’extinction.

La place de l’extinction et de la punition négative dans l’éducation dite moderne, bienveillante ou positive

L’éducation positive (autrement appelée éducation bienveillante, moderne ou encore non violente) est un mouvement de propriétaires d’animaux, professionnels ou non, souhaitant limiter les applications intrusives et aversives à l’éducation des animaux.
L’un des préceptes de cette méthode d’éducation repose sur l’application du renforcement positif tant que possible.
Certaines mouvances ajoutent l’utilisation de la punition négative comme faisant parti des méthodes respectueuses envers l’animal.

Les concepts telles que l’éducation positive, bienveillante ou moderne ne sont pas des termes scientifiques. Aucune n’est reconnue dans la communauté des analystes comportementaux comme étant la méthode à suivre.
Une des raisons pour laquelle ces termes ne rentrent pas dans une idée scientifique est qu’ils peuvent être utilisés différemment d’une personne à une autre. C’est ce que l’on appelle des étiquettes. Une étiquette est une description non observable, subjective.
Ainsi, ma définition de l’éducation positive peut se baser principalement sur l’application du renforcement positif et du renforcement négatif alors que la vôtre pourrait inclure la punition négative et l’extinction, et celle de mon voisin pourrait se baser sur une éducation à base de friandises pour les bons comportements et colliers électriques pour les mauvais.
Il est alors tout à fait compréhensible que le terme "éducateur en positif" puisse compter parmi ses adhérents certains professionnels qui basent leur travail sur les applications les plus agréables pour l'animal et les moins intrusives, comme d'autres qui font usage d'aversifs régulièrement, et tout entre les deux.

Ce sur quoi nous pouvons nous reposer, ce sont les études et recherches scientifiques dans le domaine de l’analyse du comportement.

La punition est-elle coercitive ? Oui.
L’extinction est-elle délétère ? Oui.
L’utilisation de ces procédures est-elle nécessaire dans l’éducation ? Non.
Savons-nous et pouvons-nous faire mieux ? Oui.

S'étendant sur la hiérarchie d'Alberto et Troutman pour les enseignants, le Dr Susan G. Friedman, professeure de psychologie à l'Université de l'Utah, a proposé une « hiérarchie de procédures de modification comportementale » utilisant en priorité les procédures les moins intrusives et les plus agréables lors de mise en place de plan d’action visant à modifier un comportement. La punition négative et l’extinction y sont présentées au même niveau, juste en dessous de la punition positive.

Pourquoi l’extinction et la punition négative sont-elles considérées comme des méthodes aversives, intrusives et/ou délétères ?

Entre autres raisons, parce que des années de recherches ont démontré que l’utilisation de procédures de renforcement en première instance est préférable pour l’apprentissage et pour l’apprenant.
Également, ces méthodes ont des effets indésirables sur les comportements tels qu’agressivité, colère, évitement, contraste comportemental, etc.
La relation entre l’entraîneur et l’apprenant est endommagée et difficile à rebâtir.

La punition négative et l’extinction n’apprennent rien. Eventuellement, l’animal peut comprendre qu’il est dangereux ou désagréable d’émettre un comportement précis dans un contexte particulier, mais en aucun cas il n’apprend quel comportement avoir à la place.
Oui, la punition et l’extinction peuvent diminuer ou éliminer un comportement indésirable, mais sans apprendre le bon comportement à l’animal, un des risques est que celui-ci remplace son comportement indésirable par un autre qui le sera d’autant plus.

Dans le même principe, vous dire « non » si votre réponse à l’équation 4(2x-1)(3-5x)=3/4-3x² n’est pas la bonne ne vous apprendra pas à parvenir au bon résultat.

Conclusion

La punition négative et l’extinction sont deux procédés différents mais qui génèrent tous deux des effets indésirables, les plaçant dans les méthodes d’éducation intrusives et coercitives.
La punition négative implique le retrait d’un stimulus dans l’environnement après le comportement.
L’extinction est le non-renforcement d’un comportement précédemment renforcé.

[...] lorsque nous mettons en place une stratégie visant à modifier la fréquence d’un comportement, la punition et l’extinction (utilisée sans programme de renforcement associé) devraient être des derniers recours.

Lisa Longo

L’analyse appliquée du comportement (Applied Behavior Analysis) est une approche scientifique qui étudie les comportements, les apprentissages. L’ABA fait référence à un ensemble de lois et principes fondamentaux et se concentre sur l’influence de l’environnement sur le comportement.
Si le renforcement et la punition influencent nos comportements chaque jour, lorsque nous mettons en place une stratégie visant à modifier la fréquence d’un comportement, la punition et l’extinction (utilisée sans programme de renforcement associé) devraient être des derniers recours. Et lorsque arrive ce dernier recours, nous ne devrions toujours pas appliquer ces procédures mais chercher de l’aide auprès de professionnels du comportement afin d’offrir un regard neuf sur le problème et éventuellement éviter de mettre le bien-être de l’animal à défaut.


En 2021, nous savons et pouvons faire mieux.

Lisa Longo, CPBT-KA, CBCC-KA
Consultante en comportement animal
Animal Académie

Merci à Laurent Keser, RBT, TAGteach niveau 1 ( https://behavior-analysis-technology.com/aba-assistant/ ) pour sa relecture.

Merci à mon mari de toujours participer (presque dans la joie et la bonne humeur) à toutes mes mises en scènes bizarres !

Un article d'Iris Castaing, instructrice des cours Medical Training 1, Medical training 2 et Medical Training multi-espèces

Débuter les soins coopératifs grâce au bucket game

Vous souhaitez peut-être débuter les soins coopératifs ou le médical training avec votre animal et vous vous demandez par où commencer et comment commencer ? Dans cet article nous vous donnerons les éléments essentiels pour vous lancer grâce à un grand classique : le Bucket Game.

Voici une vidéo pour résumer cet article et voir le bucket game en action :

Le Bucket Game : Qu'est-ce que c'est  ?

Le Bucket Game est l'un des exercices les plus connus dans le milieu des soins coopératifs.

 La traduction française est "le jeu du pot", vous verrez par la suite que ce nom est très évocateur.

Chirag Patel, entraineur animalier britannique, en plus de travailler auprès des chiens et leurs familles, a aussi entrainé des animaux en parcs zoologiques.

C'est dans ce milieu que s'est développée une approche des soins où l'animal choisit de venir se faire soigner et garde le contrôle sur cette intéraction permettant ainsi de limiter anesthésies et stress.

Chirag Patel a mis au point un exercice tout simple afin de rendre abordable ce concept au plus grand nombre pour que nos animaux domestiques puissent en profiter : le Bucket Game.

Ce dernier s'est démocratisé dans le monde entier et il est un très bon moyen de débuter les soins coopératifs avec nos chiens mais aussi les autres animaux.

Voici la vidéo originale que Chirag Patel a réalisée pour le Bucket Game :

Découvrir le concept des soins coopératifs au travers du bucket game

Et si vous pouviez parler le même langage que votre animal ?

Le bucket game est donc un jeu permettant de donner plus de choix et de contrôle à l'animal, en particulier durant les soins.

Le principe des soins coopératifs est de donner la possibilité à l'animal de contrôler nos actions grâce à son comportement volontaire : 

  • grâce à un certain comportement de sa part (appelé start button ou comportement feu vert) il nous dira qu'il est d'accord pour qu'on le soigne,
  • grâce à un autre comportement il nous dira lorsqu'il veut que l'on arrête la procédure.

En quelque sorte il est capable de nous donner son consentement lors des soins et des manipulations. C'est une véritable conversation qui s'engage alors avec lui.

Ainsi au lieu de devoir en arriver à s'enfuir, ou grogner pour qu'on écoute son inconfort, il a une autre possibilité de communiquer. Il comprend que son comportement a de l'importance et que nous respectons son choix. Il n'a besoin que de chuchoter pour que l'on soit à son écoute.

Grâce à ce feedback de sa part nous pouvons adapter notre plan de désensibilisation en respectant son choix autant que son état émotionnel.

Cette approche, en plus de faciliter les soins, permet donc de développer également la confiance qu'ils nous accordent. Notre relation avec eux en sort grandie.

Lors du Bucket Game, le bouton Start est le fait d'orienter sa tête vers un pot (généralement contenant des friandises).

Le bouton Stop est le fait de quitter cette position, de ne plus s'orienter vers le bucket.

Comment débuter l'entrainement du Bucket Game ?

Les grandes lignes du plan d'entrainement

La première étape consiste à apprendre à l'animal à orienter sa tête vers un récipient contenant des friandises.

Posez le pot en hauteur ou gardez-le dans votre main. Vous pouvez commencer par simplement nourrir votre animal depuis le pot tant que celui-ci n'essaie pas de l'atteindre. L'idéal est de le placer à une hauteur qui attire l'attention de votre animal mais suffisamment haut pour qu'il n'ait pas envie de sauter dessus.

On marquera et on renforcera aussitôt que l'animal orientera sa tête en direction du bucket.

On pourra ensuite réduire progressivement la hauteur et le poser sur un objet plus bas ou bien à même le sol.

Lorsque l'animal est capable de s'orienter pendant 2 ou 3 secondes vers le bucket nous pouvons commencer à introduire quelques mouvements puis manipulations.

Aussitôt que l'animal détourne la tête on remettra nos mains le long de notre corps et on attendra qu'il se mette à nouveau en position de lui-même pour reprendre nos gestes, manipulations ou soins.

Nous ne donnerons aucun signal verbal, ni gestuel pour adopter cette position. C'est l'animal qui doit pouvoir se réengager lorsqu'il se sent prêt ; c'est lui qui donne le rythme. C'est une véritable coopération entre l'humain et l'animal.

Vous voilà prêts à tenter l'aventure des soins coopératifs

Grâce au bucket game vous pourrez mettre en place les bases des soins coopératifs avec votre animal et découvrir cette approche qui peut changer votre vie et la sienne.

Bon entrainement !

Si vous souhaitez en savoir plus ou être accompagné dans cette démarche, Muzoplus et Iris Castaing, au travers de leur projet "Soins Coopératifs Animaliers", proposent différentes formations en soins coopératifs et medical training durant toute l'année.

L'article qui suit est le témoignage de Cristina Goi, élève de Lisa Longo en cours présentiel et en cours en ligne "Face à l'Environnement". Le texte est publié dans son intégralité, sans modification de notre part. N'oubliez pas d'aller consulter son site internet, en lien en bas de l'article.


Depuis près de 2 mois, je passe des heures interminables à regarder le curseur sur mon écran occupé à faire des va-et-vient, des va-et-vient, alors que j'écris constamment puis j’efface quatre simples mots : mon chien est réactif.

Faire face au fait que j'ai moi-même un chien réactif était vraiment difficile, mais l'admettre publiquement est mille fois pire car je fais face à la honte humiliante des critiques des autres selon lesquelles j'aurais échoué mon chien. Je suis propriétaire d'un chien réactif depuis plus de huit ans maintenant et je ne suis pas nouvelle aux jugements des autres, acérés comme des rasoirs : "Votre chien est méchant", "Vous n'êtes pas un bon propriétaire de chien", "Regardez l'état de ce chien »,

« Ce chien doit porter une muselière en tout temps », et pire encore. Bien, bien pire.

Au fil du temps, j'ai réalisé que je ne suis pas seule. Nous sommes nombreux à avoir honte de nos échecs apparents en tant que propriétaires de chiens, désespérés que la situation ne changera jamais et totalement seuls à porter ce lourd fardeau.

Nous promenons nos chiens tôt le matin ou tard le soir quand il est calme, nous connaissons tous les endroits les plus isolés où nous sommes constamment à la recherche de quelque chose, de tout ce qui pourrait faire réagir notre chien. Nos vies sont gouvernées par une gestion méticuleuse afin de réduire la possibilité d'un incident et nous ne pouvons jamais vraiment nous détendre.

Ce n'était pas ainsi que nous imaginions notre vie de propriétaire de chien lorsque nous avons eu notre chiot dans les bras pour la première fois. Tant de fois, nous nous admettons secrètement que nous aimerions simplement abandonner, jeter l'éponge, sauter de ce train parce qu'il ne fonctionne pas et que nous sommes en fait tellement fatigués de tout cela.

Mais nous ne le faisons pas. Nous ne sommes pas comme ça : nous n'abandonnons pas nos animaux. Nous savons que notre chien n'est pas « méchant », nous savons juste que quelque chose quelque part au cours du parcours a mal tourné et que nous et notre chien réactif ne nous en sortons pas très bien du tout. Nous nous sentons hors de contrôle et nous ne pouvons plus ignorer les yeux expressifs et déchirants de nos chiens qui reflètent d’émotions de confusion, de peur ou de panique totale dans certaines situations et nous réalisons que notre chien est également hors de son propre contrôle. Lorsqu'ils sont seuls et dans un environnement sûr et familier, nous voyons nous-mêmes à quel point il est un chien formidable et nous nous tordons les mains de désespoir d'être les seuls à le savoir.

Voici mon histoire et celle de mon chien-loup tchécoslovaque, Brenin. Ce sont nos montagnes russes personnelles et comment nous avons chevauché l’illusion de l’efficacité du training traditionnel, plongeant dans une chute libre vertigineuse de désespoir et, avec la reconstruction du training modern, la résurrection finale.

Cristina et Brenin

Jusqu'à mes 24 ans, je ne me souviens pas d'un seul mois de ma vie où je n'avais pas eu de chien. À l'époque, dans mon village natal en Italie, avoir un chien était ce que tout le monde faisait et personne n'en faisait grand-chose. Il n'y avait pas de classes pour chiots, de rangées et des rangées de jouets, des friandises, des tapis de dressage pour chiots et des harnais dans les magasins. Les temps étaient différents à l'époque et on ne s'attendait pas à ce que les chiens restent assis tranquillement pendant des heures sous les tables des restaurants, marchent doucement avec nous dans les centres commerciaux bondés et saluent poliment les étrangers qui sont entrés dans notre espace. Ils n'étaient « que le chien ».

Après l'université, j'ai déménagé au Luxembourg et dix ans plus tard, j'ai ramené à la maison un jeune chiot de chien-loup tchécoslovaque. Les temps avaient changé, notre société est maintenant plus complexe, notre acceptation des comportements antisociaux a diminué, nos attentes ont augmenté. J'avais l'intention de faire de lui le chien le plus sociable, le plus obéissant et le plus compétent possible dans toutes les situations. Je n’aime pas les travails bâclés, je ne suis pas un chef de projet à demi enthousiaste et je me suis pourtant engagée à 100% dans ce projet : j'ai inscrit Brenin à des cours de chiots, des cours de formation à l'obéissance, des séminaires de toutes sortes d'activités telles que l'agility, le trick-dogging et le pistage. Pour une socialisation accrue, je l'ai inscrit dans une garderie cinq fois par semaine et nous avons eu des séances d'exposition bi-hebdomadaires au centre-ville et au centre commercial. Toutes les chances de s'entraîner ont été saisies, peu importe la météo, l'emploi du temps quotidien ou l'épuisement.

Malheureusement, je me rends compte seulement maintenant que mon travail avec Brenin était axé sur mes objectifs et mes aspirations. Mon chien n'avait pas du tout le choix car j’étais convaincue que mes objectifs lui permettraient d'avoir une meilleure qualité de vie. Je peux voir maintenant que cette croyance absolue d'avoir raison a obscurci ma compréhension du retour évident que Brenin me donnait à l'époque.

Dans la vie, nous agissons avec les connaissances que nous avons à un moment donné et à ce moment-là, j'ai été convaincue par plusieurs entraineurs locaux, des livres de grand succès, des Youtubeurs et des célèbres comportementalistes, que la bonne façon de former un chien était de récompenser les comportements souhaités et de punir fermement les comportements indésirables. Les bons propriétaires de chiens agissent en tant que juges suprêmes du comportement tout en étant toujours des chefs de meute, et doivent systématiquement repousser toute tentative du chien de remonter sa position dans l'échelle hiérarchique. Si un entraîneur, présentant ses chiens parfaitement entrainés, me disait que je devais corriger mon chien, je le faisais. Après tout, la punition est quelque chose que nous connaissons tous : la société humaine en dépend largement et nous avons tous grandi en en faisant l'expérience.

Malheureusement, Brenin a connu une assez grande variété de corrections: l'équipement que j'ai utilisé comprenait des sprays à l’air comprimé, des pulvérisateurs d'eau, des colliers étrangleurs et des colliers à piques et j'ai également ajouté des alpha rolls, des secousses latérales du cou et des coups aux flancs, tous moyens ouvertement affichés dans les animaleries et / ou utilisés dans des émissions assez populaires. Alors combien pourraient-ils blesser? J'étais sur le point de découvrir…

Cela a vraiment semblé bien fonctionner pendant un certain temps. Nous étions presque toujours les meilleurs élèves dans chaque classe à laquelle nous participions.

Plusieurs fois, j'ai entendu des gens dans la rue ou lors de nos randonnées dire : « Regarde comme ce chien se comporte bien !» J'étais très fière de mon « petit soldat » et donc, en nom de l’obéissance, j’ai continué à faire grande usage d’un tel entraînement et d'exposition, ne réalisant pas qu'un entraînement basé sur la dominance / correction, associé à des environnements écrasants m’auraient conduit dans un tas de problèmes.

Le fait est qu'à un moment donné, tout est allé de travers. Brenin a d'abord montré des signes de réactivité humaine à l'âge de 13 mois et, au fil du temps, l'intensité de ses manifestations agressives a commencé à augmenter. Il se précipitait, aboyait et grognait sans raison apparente à des gens qui approchaient. En même temps, il ne mangeait parfois pas pendant six jours de suite et avait des problèmes d'estomac persistants mais inexplicables, ce qui dérangeait moi et le vétérinaire mais, avec le recul, je ne peux pas croire de n’avoir pas réalisé que les problèmes physiques qu'il avait étaient la manifestation de son état mental. Si un ami ne mangeait manifestement pas et présentait des symptômes de colite inflammatoire, je soupçonnerais immédiatement qu’il souffrait d’un stress sévère et je souhaiterais le soutenir. Au lieu de cela, je mettais systématiquement mon Brenin, doux, sensible, non conflictuel et fragile, un chien d'une race bien connue pour être, au mieux, méfiant envers les humains, sinon carrément effrayé par eux, dans des environnements effrayants dans lesquels des gens effrayants étaient méchants avec lui. Sans compter que, comme il le voyait sans aucun doute, son propre propriétaire n'était pas fiable du tout et se comportait comme un psychopathe : caresser d'une main et punir de l'autre. C'était comme si je poussais une personne avec une phobie des serpents dans une fosse aux serpents afin de les « guérir », puis je la réprimandais durement pour avoir paniqué et je la repousserais à nouveau. Et encore.

Au fil du temps, la peur généralisée de Brenin envers les gens et le manque d’une relation de confiance entre lui et moi ont conduit à une variété d'autres comportements indésirables. Dès qu’il semblait que je résolvais un problème, un nouveau apparaissait. C'était comme si nous passions constamment à un problème de niveau supérieur, avec les anciens qui revenaient en surface après quelque temps. Je sautais d'un problème à l’autre et d'un entraîneur à l'autre, mais tous mes problèmes restaient non résolus, avec en plus l'accusation constante de ne pas être un propriétaire assez ferme, d'être une propriétaire anxieuse, une propriétaire dont l'attitude avait un impact négatif sur son propre chien. Le seul antidote à mon insuffisance semblait se trouver dans plus de colliers étrangleurs et à piques, plus de saccades latérales en laisse, plus de bouteilles remplies de pièces bruyantes et plus de sprays aériens effrayants.

Dans le désespoir, j'ai fait tout cela mais au bout d'un moment, j'ai complètement perdu toute ma confiance et j'ai atteint le fond. J'étais évidemment inutile en tant que propriétaire de chien et toute activité liée aux chiens n'était plus agréable et amusante. Je me suis senti prise au piège et je ne pouvais pas voir de solution ou d’issue. Ces supposées méthodes correctives et rapides pour entraîner mon chien avaient déclenché toute une série de problèmes qui s'étaient transformés en une pléthore de comportements ingérables.

Pour la première fois de ma vie, j'étais prête à abandonner mon chien, pour de bon, et devenir quelqu'un que j'aurais méprisé pour toujours.

Heureusement, j'ai étais persuadée de ne pas le faire et, assez ironiquement, ce sentiment douloureux d'insécurité permanente, d'anxiété, de peur et de pression croissante que je ressentais était probablement très similaire à l'état d'esprit permanent dans lequel j'avais plongé Brenin pendant si longtemps. Lui et moi, nous étions au bout avec tout cela et nous avions besoin de trouver une autre voie à suivre.

Croyez-moi, il y a de la lumière au bout du tunnel, mais cela nécessite un acte de foi, un affinement de ce que vous avez probablement fait jusqu'à présent et beaucoup de temps.

Ayant besoin d'un énorme revirement, j'ai trouvé une comportementaliste qui a réussi à écraser ma programmation culturelle : on m'a maintenant demandé de remettre en question ma foi en certaines hypothèses culturelles de longue date et d'apprendre de l'observation scientifique et de l'analyse du comportement. J'ai été amenée à abandonner les rangs du training traditionnel pour rejoindre l'armée de renforcement positif. J'ai été initiée à la science de la modification du comportement et au travail inspirant de Susan Friedman et de grands entraineurs d'animaux du monde entier, tels que Karen Pryor et Ken Ramirez.

Je dois avouer que le plan de modification du comportement de Brenin n’a pas toujours été clair pour moi. Souvent, je devais simplement me forcer à avoir la foi et à continuer une étape à la fois. Ce voyage a été comme travailler sur un puzzle : vous partez par les coins car ces 4 pièces sont les seules qui ont du sens et à partir de là, vous assemblez lentement les côtés. Ensuite, vous vous concentrez sur de plus petites parties de l'intérieur, jusqu'à ce que tout se connecte et que vous compreniez la situation dans son ensemble.

Je me souviens que mon premier rendez-vous s'est solennellement terminé par une question : « Est-ce (modifier le comportement indésirable) votre priorité ?». J'ai évidemment répondu "bien sûr !" principalement parce qu'il aurait été impoli de répondre différemment… La vérité est que ce n'est que plus tard que j'ai pleinement compris à quel point cette question était significative et à quel point mon propre comportement aurait eu besoin de changer. En d'autres termes : "Jusqu'où iriez-vous pour atteindre votre objectif ?" Ceci est crucial car il y a souvent un grand écart entre ce que nous disons être prêts à faire, et ce que nous faisons réellement !

En fait, ma première mission a été de ne pas exposer le chien à aucune rencontre humaine pendant un mois complet. Aucune. Pas même de loin ! À l’époque, cela n’avait aucun sens car c’était le contraire de ce que j’avais appris sur la socialisation. Comment étais-je censé habituer mon chien aux humains s'il n'en voyait aucun pendant si longtemps ? Ne perdons-nous pas plus de temps en aggravant le problème ? Mais j’ai obéi, en partie par détermination à prouver à ce nouvel entraîneur que Brenin était ma priorité mais aussi, je l'avoue, il y avait également un élément de soulagement qui, bien que je devais maintenant promener mon chien pendant des heures très inconfortables et en voyageant en voiture dans des endroits isolés, en faisant cela et en n'ayant personne pour le faire réagir, lui et moi pourrions simplement profiter de nos promenades. Pas de colliers à piques, pas de sprays correcteurs, juste lui et moi. J'ai annulé mes vacances de septembre pour éviter qu'il aille en pension canine.

Leçon 1 : Priorisez les besoins de votre animal

Il ne s’agit plus de vous : votre vie, votre emploi du temps, votre routine, vos attentes. Tout est en fonction de lui et de votre plan d'action.


Leçon 2 : Arrêtez de répéter le comportement indésirable !

Si je continuais à exposer Brenin à ses déclencheurs, il allait pratiquer encore et encore ses stratégies agressives et j'allais répéter encore et encore mes techniques de correction ! Cette chaîne de misère doit être interrompue le plus tôt possible, car zéro entrainement est bien mieux d’un entrainement inapproprié.


Leçon 3 : Les hormones comptent !

La réduction du stress est l'une des étapes les plus essentielles pour aider votre chien craintif. Lorsque notre animal est exposé à un événement stressant, le système nerveux sympathique est activé et des hormones de stress, telles que l'adrénaline et le cortisol, sont libérées. Cela peut prendre jusqu'à 72 heures pour que les hormones du stress quittent le corps après un événement stressant. Si l'exposition à de tels événements se répète, la réponse au stress est fréquemment activée, ce qui entraîne un empilement de celui-ci ainsi qu’un stress chronique. Le stress chronique supprime le système immunitaire, affecte le métabolisme et la digestion (donc voilà, sa maladie inexplicable expliquée) et compromet l'apprentissage, en mettant en péril la réussite de votre plan d'action. Pensez-y, pensez à vos propres peurs : seriez-vous capable de faire des calculs pendant que je vous lançais des araignées ou ce dont vous avez plus peur ?


Leçon 4: Gardez votre animal en sécurité

Peu importe que vous pensiez que votre animal est en sécurité, ce qui compte, c'est qu'il se sente en sécurité.

Pour notre première séance sur le terrain, nous nous sommes retrouvés littéralement au milieu de nulle part. Le premier humain que Brenin voyait en un mois était notre entraîneur : elle se tenait si loin de nous que nous devions communiquer via des talkies-walkies ! Encore une fois, j'étais perplexe et je me souviens clairement avoir dit à mon mari « Allez, on peut faire beaucoup mieux que ça ! Ce chien peut bien marcher dans le centre-ville avec des gens autour ! ».

Cependant, l’objectif de notre premier entraînement était d’identifier le point d’intensité le plus bas des signaux agressifs de Brenin. Je pensais que c'était 4-5 mètres, à la place nous avons découvert que c'était quelque chose comme 300 mètres !


Leçon 5: Il y a plus qu'une queue et deux oreilles. Nous devons être capables de lire avec précision le langage corporel et de reconnaître les premiers signes de stress chez nos chiens

Notre marche en laisse parfaite dans une situation difficile ne signifiait pas que le chien allait bien. Au contraire, un animal peut être tellement submergé par l'afflux d'émotions générées dans un environnement stressant qu'il peut à peine bouger ou s'exprimer. Nos animaux communiquent par une combinaison complexe de toutes les parties de leur corps. Le fait de ne me concentrer que sur certains d'entre eux m'avait conduit à ne pas comprendre et évaluer ses réactions. Si je pouvais revenir en arrière, je remarquerais probablement maintenant un corps rigide, une respiration et une fréquence cardiaque accrues, des pupilles dilatées, une commissure des lèvres tendue.

Notre premier devoir était de trouver un langage commun avec Brenin. Cela se fait en introduisant un « bridge », un marqueur. Un marqueur est une forme d'information universelle, simple et claire entre les humains verbaux et les animaux non verbaux, qui marque le moment exact où l'animal fait quelque chose que nous aimons, quelque chose que nous voulons qu'il répète. Un marqueur peut être un mot, un geste, un son, un objet. Nous avons choisi « yes » pour identifier tout comportement souhaité qui lui permettra de gagner un renforcement.


Leçon 6 : Le comportement est soit « désirable », soit « indésirable »

Un marqueur informe l'animal qu'il vient de faire quelque chose de bien. En revanche, l’absence de marqueur informe l’animal que le comportement qu’il vient d’effectuer n’était pas correct. Il n'est pas nécessaire de recourir à la punition.


Leçon 7 : L'information donne du pouvoir à un animal

Le son d'un marqueur informe l'animal de la réussite d'un comportement souhaité et de l'obtention d'un renforcement. Au fil du temps, une fois que l'animal se rend compte qu'il est en contrôle de son propre environnement et des conséquences de ses actions, sa confiance grandit et il fera de meilleurs choix.

Nos séances d’entraînement se sont déroulées dans le milieu le plus froid et le plus venteux que le Luxembourg a à offrir. En gros, tout l'hiver et le printemps. Juste moi, le chien, l’éducatrice et un assistant représentant le déclencheur humain. Avec le moyen d'un harnais et d'une laisse de 5 mètres, l'idée était de laisser le chien choisir où renifler, où marcher, quand s'arrêter, quand regarder son déclencheur, quand interrompre l'entraînement et se retirer de la situation.

Au départ, mon travail consistait à marquer et à récompenser le comportement du chien de regarder son déclencheur (qui marchait aléatoirement, en agitant les mains, en portant des objets, en portant des tenues différentes, …).

Après un bon moment, les réactions de Brenin ont changé : il regardait maintenant son déclencheur et, en prévision d’une friandise, il me regardait immédiatement. À présent, je retenais mon marqueur et je l'utilisais pour identifier et récompenser le comportement de me regarder. En d'autres termes, nous enseignions maintenant à Brenin que, chaque fois qu'il était confronté à un stimulus effrayant, il pouvait choisir de prêter attention à moi et, parce que c'est un comportement souhaité, cela lui rapporterait une récompense.

Une fois que la vue d’un déclencheur devient le signal du contact visuel, vous pouvez alors trouver de nombreuses façons d'éviter l'agression.


Leçon 8 : Traiter l'agressivité intègre à la fois les principes de conditionnement classique et opérant

En marquant et renforçant le chien en présence d'un déclencheur aversif, on change son association émotionnelle vers l'environnement aversif (conditionnement classique). En marquant chaque décision correcte, nous lui apprenons à « opérer » dans son environnement (conditionnement opérant). Nous lui apprenons à choisir correctement comment se comporter.

Leçon 9 : Le choix est un facteur de renforcement primaire.

Il est essentiel à la survie comme la nourriture, un abri et l'eau. Plus l'animal se sent en contrôle de l'environnement, plus il se sent en sécurité et en confiance, plus il réagira correctement à des situations autrefois stressantes.

De nombreux mois passèrent. Un automne, un hiver, un printemps, un été, un nouvel automne et un nouvel hiver… La capacité de Brenin à opérer dans son environnement s’est considérablement améliorée. Nous avons pu réduire progressivement la distance par rapport aux déclencheurs humains et nous avons pu passer à des environnements réels.

Tout en faisant tout cela, nous travaillions massivement sur mon propre comportement et mes compétences de gestion. J'ai été formée à ne jamais mettre de pression sur la laisse en anticipant et gérant constamment chaque situation, j'ai été formée à refuser les demandes de caresser mon chien (poliment et moins poliment), j'ai été formée à revoir mes attentes en fonction des retours de mon chien.


Leçon 10 : Le changement de comportement ne se fait pas du jour au lendemain

Avez-vous déjà remarqué cette tendance que nous avons de nous attendre à ce que nos animaux changent de comportement en un clin d'œil, mais nous ne pouvons souvent pas changer notre propre comportement ? Je n’ai pas réussi à quitter mon habitude de me ronger les ongles en 35 ans, mais je m'attendais à ce que Brenin surmonte sa peur des humains en quelques séances seulement ! Que je suis bête !


Leçon 11 : Pas seulement le chien. La formation de notre propre comportement est également importante

Nous devons apprendre à contrôler nos réponses autant que possible, car notre peur et notre anxiété sont souvent le premier signal à notre chien que quelque chose ne va pas dans l'environnement. Alors que dans le passé je n'étais que blâmée pour mon anxiété, on m'a maintenant montré comment contrôler mes réactions et j'ai été aidée à pratiquer encore et encore mes compétences de gestion. Car encore une fois, le contrôle est le principal renforçateur de tous les animaux, humains compris. Plus nous nous sentons en contrôle, plus nous sommes confiants, plus nous aurons de chances de faire face à des situations stressantes qui nous battaient dans le passé.


Leçon 12 : Les comportements fondamentaux peuvent vous sauver la vie

Vous regardez dans les yeux, s'assoir, se coucher, sauter, cibler, tourner, jouer, … tout comportement du répertoire de votre chien peut servir de comportement incompatible que vous pouvez demander pour éviter toute situation dans laquelle il pourrait devenir agressif.


Leçon 13 : Respectez votre animal

Travailler sur le plan d'action nous permet de mieux connaître nos animaux : nous reconnaissons désormais leurs limites et nous savons ce qui les rend heureux. Il n'est pas nécessaire de les mettre dans des situations qu'ils peinent à gérer. Nous ne faisons pas cela à nous-mêmes ni à nos enfants. Pourquoi devrait-il en être autrement avec nos animaux de compagnie ? Nous devons nous abstenir de penser que tout leur est plus facile. Nous devons respecter notre animal de compagnie, où le respect signifie l'aider à faire face à des situations difficiles grâce à une formation appropriée, sans le forcer dedans sans préparation.


Leçon 14 : Défendez votre chien

La pression sociale pour avoir un chien « gentil » est réelle. Vous recevrez des conseils non sollicités, l’espace personnel de votre chien sera envahi et vous ferez face à la honte qui accompagne l’opinion des gens. N'ayez pas peur de défendre votre chien et de faire ce qui va pour qu'il se sente en sécurité, même si cela met quelqu'un d'autre mal à l'aise. Ayez confiance que vous savez ce qui est le mieux pour votre chien mieux que quiconque.


Leçon 15 : Faites-vous suivre par un entraineur certifié !

Le secteur canin est hautement non réglementé, alors assurez-vous de rechercher un professionnel certifié qui pratique des méthodes modernes basées sur le renforcement positif sans utiliser de corrections et d'outils aversifs.


Leçon 16 : Rencontrez votre animal là où il en est

Vous pourriez être déçus parce que vous aviez des attentes. C'est comme ça. Acceptez l'animal qui se tient devant vous, tel qu'il est. Il pourrait vous conduire dans des endroits inattendus, des endroits dont vous ne rêviez même pas.

Ce n’est pas facile d’être un chien craintif et ce n’est pas facile de s’en occuper.

Le progrès est faisable, mais il sera différent pour chaque chien et vous ne pouvez pas dicter son rythme. Certains jours seront bons, certains jours seront mauvais. Travaillez dur et ayez foi parce qu'à un moment donné, les bons jours seront plus nombreux que les mauvais.

Brenin et moi, nous célébrons 2 années complètes de « sobriété » : pas de secousses du cou, pas de rôle de l’alpha, pas de colliers méchants, pas d'outils aversifs, pas de drames. Uniquement du renforcement positif. Un grand travail pour remplir ce compte de confiance que j’avais presque séché.

Brenin ne sera jamais un chien complètement en sécurité, mais ça m'a vraiment étonné de voir jusqu’où il a pu progresser et comment il a prospéré tout au long du processus. Il est plus résilient, confiant, heureux, détendu, enthousiaste, câlin, doux. Nos activités ensemble sont à nouveau amusantes et notre lien est plus fort que jamais car il peut être rassuré, je ne dispenserai que des expériences positives.

Il semble maintenant sourire tout le temps, faisant exploser mon cœur de joie.

 

Chaque jour je le regarde et j'espère qu'il ait oublié la personne que j'étais et je le remercie de m'avoir transformé en la personne que je suis devenue.

 

Brenin est mon plus beau cadeau.

 

Un merci spécial à Lisa Longo, Sharline et Vincenzo. Vous m'avez encouragé à ne pas jeter l’éponge, à enrichir mes connaissances et à ne jamais perdre espoir.

Cristina Goi
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