Puppy blues : quand l’arrivée du chiot rime avec sanglots

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L’arrivée de mon chiot

Il est où le bonheur ? Il est où ?

21 août 2021, ça fait une semaine que je partage ma vie avec un petit chien. Et pas n’importe quel petit chien, non. MON petit chien, le petit chien le plus mignon du monde. N’est-ce pas qu’amour, bonheur, complicité et moments partagés ? 

Pas vraiment. En vrai, je me demande ce que j’ai fait. Je me sens dépassée, submergée. J’ai tellement peur. Peur de mal faire, peur de le rendre malheureux, peur de ne pas être à la hauteur. Peur d’avoir fait une bêtise, de mettre en danger mon couple, de perdre mon travail, de regretter ce choix toute ma vie. 

Est-ce que je peux le rendre ?

La vérité, c’est qu’en ce moment, je paierais cher pour qu’on me donne une bonne excuse pour rendre ce chien. Ça me fend le cœur de l’écrire aujourd’hui, mais c’est vrai. Si j’avais pu, ce chien, je l’aurais rendu. 

À ce moment-là, je suis épuisée. Je me lève toutes les nuits pour le sortir, je me réveille tous les matins à 6h30 (Scarabée, c’est comme ça qu’il s’appelle, est du matin). Je passe mes journées à tenter de le garder en vie et lui à imaginer des cascades de la mort. Je ne dors plus. Je suis constamment aux aguets. Je me sens tellement triste. Parfois, je ressens de la colère contre ce petit chien. Parfois même de l’ingratitude. Je donne tout pour lui, et ce n’est jamais assez.

puppy blues javelot

Le puppy blues : un phénomène commun et bien réel

Ce que je vivais à ce moment-là peut être appelé “puppy blues”, en référence au “baby blues” qui touche de nombreuses femmes après l’accouchement (qui est lui-même un phénomène distinct de la dépression post-partum [1]). Le puppy blues est un phénomène psychologique, encore peu documenté, mais bien réel qui touche un grand nombre de personnes qui adoptent un chiot (moins lorsqu’il s’agit d’un chien adulte.). Il s’agit de sentiments d’anxiété, d’irritabilité, de stress et de tristesse à l’arrivée du chiot. Ces émotions peuvent être déclenchées par la charge mentale liée à l’arrivée du chiot, aux contraintes liées l’apprentissage de la propreté, aux problèmes de comportement et l’adaptation générale à cette nouvelle vie. Les sentiments peuvent être assez intenses, mais sont généralement de courte durée et disparaissent au bout de quelques semaines. [2] (Ouf !) 

C’est ce qui s’est passé pour moi. Après quelques semaines, j’allais mieux. Dans mon journal, j’ai écrit : « Je pense de moins en moins à abandonner Scarabée dans un parc canin. » On sent que je vais mieux ! Est-ce que tout a été rose ensuite ? Non, mais j’avais retrouvé ma joie de vivre et j’envisageais l’avenir beaucoup plus sereinement, avec Scarabée à mes côtés, pour toujours.

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Le rôle du chien dans le puppy blues : souvent un simple figurant

Jusqu’ici, vous remarquerez que je n’ai quasiment pas parlé du comportement de mon chien. Parce que le puppy blues est en fait peu lié à l’individualité du chien. Que vous soyez tombé sur la version ange-tombé-du-ciel (il n’y en a pas beaucoup) ou diable-de-Tasmanie-démoniaque (il y en a davantage), vous avez les mêmes chances de vivre un puppy blues. (Pour un aperçu de la version démoniaque, je vous conseille l’article bien nommé “Mon chiot est un démon !” de Marjorie Miltenberger

J’ajouterais quand même une nuance à “peu importe le chiot” dans le puppy blues. Certaines problématiques, parce qu’elles ajoutent des facteurs de stress ou de la charge mentale, peuvent rendre la situation plus difficile. [3] Je pense par exemple aux chiots malades, en convalescence, qui ont des problèmes de comportement, à haut niveau d’énergie, ou particulièrement peureux ou sensibles.  

Dans mon cas, Scarabée est un chien qui a beaucoup (beaucoup) d’énergie, qui était (et est toujours) assez sensible et qui a des problèmes liés à la solitude et à la séparation. Il a été refusé de plusieurs pensions parce qu’il était « ingérable ». Donc oui, cela a certainement pesé sur la quantité de charge mentale qui m’est tombée dessus à son arrivée. Mais pour être tout à fait franche avec vous, j’ai aussi fait un puppy blues quand j’ai adopté mes chats, qui sont des modèles de chats. Alors je ne jette pas la pierre à Scarabée. 😊 

Non, vous n’êtes pas responsable de votre puppy blues.

Si le chien ne « crée pas » le puppy blues, ce n’est pas non plus vous qui le créez. Et c’est très important de le préciser. On entend parfois que le puppy blues est dû au fait que les gens veulent trop se préparer, trop se documenter, trop bien faire. Que c’est parce qu’ils ont trop d’attentes. Qu’il faudrait juste « lâcher prise ». C’est faux. On ne décide pas de son puppy blues. Certaines conditions psychologiques antérieures sont liées à une apparition plus fréquente du puppy blues, mais vous n’avez aucun contrôle dessus. Alors si vous avez envie de vous documenter, de préparer l’arrivée de votre chiot à fond, sentez-vous libre de le faire. Vous n’allez pas créer votre puppy blues.

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Comment peut-on adoucir un puppy blues ?

Partager son ressenti

Parfois, savoir que c’est normal, et que ce n’est que temporaire, ça peut déjà offrir une bouffée d’air. Vous pouvez aussi trouver des personnes de soutien pour en parler. Pas l’amie qui vous dit que pour elle ça a été si facile parce que son chiot était si parfait, hein, ni celle qui vous dit que c’est parce que vous n’êtes pas assez ferme. Mais celle qui va vous écouter, accueillir vos ressentis, sans vous juger.  

Du repos

Ensuite, dormez. Le sommeil, c’est la clé. L’être humain n’est pas fait pour gérer la privation de sommeil. Alors, dormez. Si vous êtes plusieurs dans votre foyer, vous pouvez demander à d’autres membres de se lever, de vous offrir une grasse mat’, ou de prendre en charge le chiot un temps pour vous permettre de vous reposer. Demandez aux autres d’en faire plus, partagez la charge. S’il n’y a personne sur le banc des remplaçants, il est possible de confier son chiot à des proches, un(e) pet-sitter, ou une pension pour quelques heures ou quelques jours. (Oui, vous avez le droit de mettre votre chiot en pension pour souffler.) Une autre solution est de partir pour un week-end dans un endroit perdu, par exemple la montagne ou le fin fond de la campagne, où la gestion du chiot sera plus simple. 

Aménager l’environnement

Enfin, on peut agir sur les autres facteurs de stress liés à l’arrivée d’un chiot, en mettant en place des arrangements de l’environnement pour rendre notre vie ensemble plus facile. Par exemple, en limitant physiquement l’accès à certaines pièces pour le chiot (ou à certains meubles dont on veut conserver les pieds en bon état), en rangeant les chaussures et les chaussettes, en utilisant des activités de mastication ou de léchage pour les moments compliqués comme l’arrivée des enfants ou d’invités, en utilisant des “solutions pansement” pour les soins ou la mise du harnais, par exemple s’aider d’un tube de pâté ou d’un tapis de léchage. L’idéal est de se faire accompagner par un(e) professionnel(le), tant les solutions sont multiples, pour que les solutions mises en place soient parfaitement adaptées à votre situation, à vous, votre chiot, et votre foyer. 

Et si c’était plus profond et durable qu’un puppy blues ?

Enfin, je me dois d’aborder le sujet du replacement. Je l’ai dit, la plupart du temps le puppy blues se dissipe en quelques semaines. Mais il est possible que ce ne soit pas « juste » un puppy blues, que cette sensation soit plus tenace, plus intense. Il est possible que cela n’aille pas mieux, malgré ce que vous mettez en place, malgré le sommeil, malgré les semaines qui passent. Il est possible que l’arrivée de ce chiot réveille des souvenirs ou des émotions trop intenses. Qu’à cette étape-là de votre vie, cela ne soit pas surmontable pour vous. Il est possible que le replacement soit une solution à envisager pour vous et pour votre chien à ce moment-là de votre vie. « Il est possible ». Le replacement est un sujet hautement tabou. Comme si les gens prenaient cette décision à la légère. Je ne connais personne qui ait pris cette décision à la légère. Si vous pouvez en parler, si vous pouvez vous faire accompagner par des pros tant sur l’aspect psychologie humaine que du côté comportement canin, je vous y encourage. Et je vous recommande le touchant article d’Alaska Mittelette sur le sujet.

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Ça ira mieux demain

Alors oui, parfois l’arrivée d’un chiot rime plus avec stress et anxiété que bonheur et légèreté, mais c’est parfaitement normal. Vous n’êtes pas seul·e. Vous n’êtes pas responsable. Et ça n’augure en rien de la future relation que vous allez construire avec votre chien ! ❤️ 

Références 

[1] Nydegger, R. (2006). Postpartum depression: More than the “baby blues”? In T. G. Plante (Ed.), Mental disorders of the new millennium: Biology and function (Vol. 3, pp. 1–23). Praeger Publishers/Greenwood Publishing Group. 

[2] Furtado, T., Casey, R., Upjohn, M., & Christley, R. (2023). In the Doghouse? An Exploration of Online Discussions Around the Challenges of Human-Dog Relationships. society & animals, 1(aop), 1-22. 

[3] Buller, K., & Ballantyne, K. C. (2020). Living with and loving a pet with behavioral problems: Pet owners’ experiences. Journal of Veterinary Behavior, 37, 41-47. 

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