Regard croisés sur la perception du chien réactif

regards croisés sur la perception du chien reactif introduction
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Camille Zattara a accueilli Gouache en 2011 ; Elodie Pin a accueilli Sun, un chien « réactif » en 2021.
Dans cet article, elles vous livrent leurs regards croisés sur l’évolution de leur perception au sujet des « chiens réactifs ».

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Crédit photo pour Gouache (chien de gauche) : Valérie Teppe

Le terme « réactif » est une étiquette, c’est-à-dire un adjectif, que l’on attribue au chien pour faciliter notre communication entre humains. Généralement, un chien « réactif » réagit de façon démesurée (par des aboiements, des grognements, le fait de tirer ou de sauter en bout de laisse) à la vue d’un autre chien, d’un humain, d’un vélo, d’une voiture, etc.

L’arrivée du chien : d’un chien imaginé à la réalité

Gouache, une chienne passe-partout

vignette camille

Camille : En 2008, le projet d’avoir un chien se fait plus précis. L’objectif est très clair : en faire un compagnon idéal pour Jean, notre fils ainé qui est autiste. Jean, dans la rue, se précipite sur les goldens retriever pour les caresser. Je lis que ces chiens sont faciles à éduquer et le choix de la race est assez simple.
Je contacte alors l’association handi-chiens qui nous donne 3 élevages dans le Rhône où eux-mêmes vont chercher leurs chiens. Rassurée, je visite donc les 3 élevages et en sélectionne un. En parallèle, j’achète de nombreux livres sur les chiots, l’éducation, les goldens et cherche un éducateur canin sur Lyon puisque je n’y connais rien.

regards croises sur la perception du chien reactif gouache une chienne passe partout

Tout est sous contrôle : il faudra que cette chienne obéisse très bien, qu’elle se laisse caresser par Jean, qu’ils puissent jouer à la balle ensemble, qu’elle obéisse aux signes que lui fera Jean (Jean ne parlant pas très bien)…
Il n’y a plus qu’à attendre la portée d’où naitra cette petite merveille.

21 mars 2011, jour du printemps, notre boule de poils voit le jour. Tout se déroule comme prévu : Gouache est super intelligente, elle obéit parfaitement bien. Je passe beaucoup de temps à prendre des cours et à mettre en pratique les exercices à la maison.

MAIS, Jean ne perçoit pas ça d’un très bon œil. Il ne voit qu’une chose : un chiot qui bouscule ses routines et qui lui « vole » sa mère. Il devient rapidement très jaloux de Gouache, n’a aucune envie d’interagir avec elle. Je prends conscience que ce projet rêvé ne verra jamais le jour. Et me voilà face à une réalité bien différente.

Sun, un chien qui ne passera jamais partout

vignette elodie

Elodie : Quand Sun est arrivé dans ma vie, j’imaginais adopter un futur chien sportif qui puisse m’accompagner dans de nombreux endroits, notamment en montagne et en stage. J’imaginais débuter des apprentissages de base, jouer, lui faire voir des tas de choses de notre monde d’humains, l’emmener lors de repas de famille, etc. En fait je pensais pouvoir profiter de tous les aspects positifs d’une adoption, en lui offrant une meilleure vie que ce qu’il avait connu jusqu’à maintenant.

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En réalité, lorsqu’il est arrivé, la première chose qu’il a faite en notre compagnie en extérieur était d’aboyer et de grogner sur les promeneurs, puis les cyclistes et les coureurs. Malgré cela, nous avons très rapidement, construit une relation très forte tous les deux. En cette période, je me rappelle être restée très optimiste malgré l’inconfort que représentait cette problématique comportementale au sein de notre vie. Je continuais donc à jouer, entraîner Sun à la maison, je lui faisais rencontrer d’autres chiens et je choisissais des lieux de balade assez calmes la majeure partie du temps puisque nous vivons à la campagne. Le souci était que je pensais encore qu’il fallait qu’il « voie notre monde au maximum ».

L’impact des regards sur les propriétaires de chiens réactifs

Un regard inadapté sur les propriétaires de chiens réactifs

vignette camille

Camille : Malgré ma déception d’un rêve qui ne verrait pas le jour, je prends goût à éduquer cette petite chienne et m’amuse bien. Je suis assez sûre de moi et trouve l’éducation d’un chien assez facile si l’on a avec soi, un bon éducateur. Pour le reste, il suffit de travailler et répéter les exercices enseignés.
Nous croisons souvent d’autres chiens avec Gouache. Elle est assez sensible et se fait parfois « bousculer » par d’autres chiens. Et là, toute une série de clichés arrive dans ma tête :
« Mais que ce chien est mal élevé ! »,
« Qu’elle fasse appel à un éducateur canin ! »,
« Encore un chien qui mène son maître par le bout du nez »,
« Ce n’est pourtant pas compliqué le rappel, il faut juste le bosser ! »…

Comme Gouache me semble parfaite, s’il y a un problème entre un chien et elle, c’est forcément à cause du chien en face, de son maître, voire des deux ! Je me noyais dans un monde binaire, fait de chiens gentils avec leurs maîtres qui font ce qu’il faut pour les éduquer, et de chiens méchants avec des maîtres qui ne savent pas s’y prendre.

Épauler son chien réactif et faire face à la méconnaissance des autres

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vignette elodie

Elodie : Mon regard sur Sun n’a jamais été « négatif », il a directement été mon adorable petit chien au début de vie difficile et je l’ai aimé très fort dès son arrivée. J’avais déjà compris que Sun avait besoin de mon aide pour gérer certaines situations, notamment les croisements de promeneurs et de leur chien.

En revanche, mon regard sur moi-même a été plus dur, je me sentais coupable de ne pas arriver à aider mieux Sun. A chaque fois qu’il réagissait de façon « démesurée » pendant un croisement, je subissais l’instant et je culpabilisais. Je me repassais même la scène dans la tête pendant plusieurs minutes en me disant « j’ai tout raté, je n’ai pas réussi à aider Sun ». Ces remarques que je me faisais à moi-même n’étaient en rien constructives et elles alimentaient ma propre anxiété en sortie avec Sun.

Le regard le plus difficile auquel j’ai dû faire face a été le regard des autres personnes et des autres propriétaires de chiens qui m’entouraient. Quand Sun aboyait, tirait sur la longe ou encore grognait, je fuyais et évitais le regard lourd des personnes qui nous voyaient et m’enfonçaient encore plus en termes de culpabilité. J’aurais aimé qu’ils comprennent que mon chien n’est pas juste “méchant”, mais qu’il réagit tel qu’il le fait par peur d’eux.

J’ai mis un plan d’action en place afin de permettre à Sun de rencontrer d’autres personnes et d’autres chiens. Malgré cela, les remarques de ces personnes avec qui tout se passait bien, comme « mais tu es sûre ? », « il est super ton chien, c’est dans ta tête » ont également été insupportables et m’ont fait perdre confiance en moi.

Quand je fais le point sur tous ces regards, ce qui m’a probablement beaucoup aidée est finalement le fait que les principales étiquettes que j’arrivais moi-même à attribuer à Sun étaient des étiquettes mélioratives.

Un nouveau regard pour de nouveaux comportements à l’égard du « chien réactif »

Un stage qui me permet d’ouvrir les yeux

vignette camille

Camille : Un jour, en juin 2019, je pars à un stage de sports canins, « Dogs as you are ».
Je ne fais pas tellement attention à cet intitulé. J’y vais pour les instructeurs qui y sont. J’arrive et vois des chiens excités, qui aboient non-stop. Cela me change de mes cours habituels. Pendant quatre jours, j’écoute la personne qui organise le stage et qui nous informe de la conduite à tenir avec certains chiens. Je pose des questions aux propriétaires pour qu’ils me parlent de leurs chiens. J’observe ces chiens, leurs humains, leur relation.

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Crédit photo : Joséphine Pasteau

Mon regard sur ces équipes commence alors à s’ouvrir. Et si c’était compliqué pour ces propriétaires ? Et si ça n’avait rien à voir avec l’éducation ? Et si ces chiens avaient leurs besoins propres ? Et surtout si j’avais une responsabilité vis à vis d’eux quand je les côtoie ?

Une morsure qui nous a poussés vers le haut

vignette elodie

Elodie : Environ deux mois après l’arrivée de Sun, il y a eu un premier évènement important, la tentative de mordre notre voisin. Environ six mois après ce premier évènement, Sun a mordu un ami au niveau du haut du dos, lorsqu’on s’est dit bonjour au cours d’une promenade. Je m’en voulais terriblement, je repassais la scène en boucle dans ma tête, je me disais qu’avec mes connaissances j’aurai dû éviter ça. Mais non, c’était bel et bien arrivé.

Cette morsure a représenté un tournant important pour nous. Elle a d’abord débouché sur une grande remise en question chez moi, puis sur l’envie d’en apprendre plus sur les comportements « réactifs », « agressifs » chez le chien. J’ai également souhaité en apprendre plus sur le berger australien même si en réalité je n’ai aucune idée de la génétique de Sun.

J’ai donc décidé de développer mes connaissances et compétences aux côtés de professionnelles qui m’inspiraient, notamment Lisa Longo et Marjorie Miltenberger. Cela s’est fait à travers un mentorat professionnel mais aussi à travers des stages sur d’autres thématiques et à travers des discussions très précieuses pour moi.

Les bénéfices de nos expériences respectives

Renouveler son regard

vignette camille

Camille : Avoir un chien sociable ne donne pas tous les droits. Bien au contraire.

À partir de ce stage, j’ai fait attention de ne pas m’approcher des « chiens réactifs » avec Gouache, non pas par peur, mais par délicatesse. Il m’importe aujourd’hui de respecter le travail mis en œuvre par ces équipes, dont le quotidien n’est pas toujours facile. Ces propriétaires de chiens dont je connais aujourd’hui la vie (choisir des horaires de sortie adaptées, faire face aux regards des humains ignorants, gérer des situations stressantes,…) font toute mon admiration. Je ne les remercierai jamais assez de m’avoir fait évoluer et d’avoir su développer mon empathie vis-à-vis d’eux.

Vivre avec un chien réactif ça a du positif !

Elodie : Avoir un Sun dans ma vie n’est pas de tout repos, mais que c’est agréable
finalement !

Ce petit chien m’a permis de me remettre en question, de vouloir en apprendre plus sur les problématiques comportementales de « réactivité » et « aggressivité », de développer mes connaissances et compétences pour choisir finalement de me spécialiser à titre professionnel dans cette thématique. Grâce à mon expérience avec Sun, j’ai aussi pu comprendre ce que vivaient les humains de chiens « réactifs », « agressifs » et je pense que c’est quelque chose d’important lorsqu’on accompagne des humains qui se trouvent eux-mêmes en état de stress ou en détresse.

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Aussi, après avoir pu prendre du recul sur la situation, j’ai compris que vivre avec un Sun m’avait permis de développer ma propre résilience : mes attentes à son arrivée ont été bousculées et ont fini par n’être que des impossibilités et souvenirs. Aujourd’hui, j’ai appris à composer avec le présent et à apprécier les moments les plus simples qui soient aux côtés de mes chiens mais aussi aux côtés des humains qui m’entourent.

Accueillir un chien tel qu’il est et non pas tel qu’on le rêve

Accueillir un chien, ne serait-ce pas accepter ses besoins spécifiques et sa personnalité et avancer avec lui au fil des ans ?

regards croises sur la perception du chien reactif accueillir un chien tel quil est et non pas tel quon le reve

L’humilité pourrait être une clé, pour ne pas imposer un projet rêvé à un chien à qui ça ne correspond pas. En acceptant que ce projet initial évolue, les envies et possibilités qui s’offriront à notre équipe pourront évoluer.

Finalement, que notre chien soit notre chien rêvé ou pas, offrons-lui le meilleur de nous-même !

Camille Zattara
Éducatrice canin, fondatrice de CaniCamille

Elodie Pin
Éducatrice canin « Crocs bien élevés »,
Certified Fear Free Professionnal Trainer
Community manager de Muzo+

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  1. La notion de chien rêvé est très importante et savoir s’adapter à son chien est bien la clé. Merci à Elodie et Camille pour ce témoignage.